mardi 20 avril 2010

La vie aérienne

Contrariée par le volcan islandais, me voilà restée à Paris dans l'attente d'un vol pour Istanbul. C'est fou comme un voyage se prépare, se fait désirer, se dessine... Et puis, tout d'un coup, tout disparaît. La frénésie du départ, les préparatifs, les projets, les envies. Un évènement extérieur décide pour vous et vous ne pouvez rien faire ou dire. Sur ce sujet, je recommande le très bel article de Jean d'Ormesson paru hier dans Le Figaro. "Le nuage volcanique qui traverse l'Europe et perturbe le trafic aérien ramène les hommes à leur modeste condition", écrit l'académicien. La plume d'un sage sur l'Homme et la Nature.

Depuis quatre jours déjà le ciel parisien est d'un bleu profond, il scintille sous le soleil, mais il reste imperturbablement silencieux.
Pas un bruit d'avion qui retentisse. Pas une seule trace blanche qui macule le ciel. Scruter l'infini azur ne procure qu'angoisse et tristesse. Mais où est passée la vie, la vie aérienne?... Où sont les points blancs qui ont tant de fois traversé mon champ de vision en se dirigeant vers des terres lointaines?

Hier après-midi, face au Luxembourg, une foule se massait devant le bureau d'Air France. En attente de billets ou avec l'espoir d'une information.

Ce matin, on apprend que les ministres européens ont décidé de la réouverture partielle des aéroports. Au moindre bruit similaire à celui d'un avion, on sursaute et on scrute le ciel. Le trafic aérien reprend peu à peu. Mais pour combien de temps?
L'arrivée d'un nouveau nuage de cendres pourrait, encore une fois, compromettre la vie aérienne.

mercredi 31 mars 2010

Soirée madrilène pour deux acteurs

Il est minuit à la Puerta de Alcala et la nuit madrilène ne fait que commencer.
0:06. Une hôtesse accueille les invités à l'entrée du bar "Ramsés". Son look colle à la perfection avec le nom du lieu, bar hype et branché, couru tous les soirs de la semaine, réputé pour ses cocktails, idéal pour tout type d'évènements. Elle ressemble à Isis avec ses grands yeux charbonneux, ses cheveux d'un noir de jais tirés en arrière et sa longue silhouette de femme fatale.
0:30. Une soirée privée attend les acteurs Gerard Butler et Jennifer Aniston, venus présenter leur dernier film dans la capitale espagnole. Les voitures se garent devant les larges trottoirs face au parc du Retiro. La salle supérieure du bar se remplit peu à peu.

0:45. Deux filles russes font la connaissance de deux garçons sud-américains. Photos à l'appui ou comment se retrouver sur facebook. Les hommes sont gominés. Les filles perchées sur des talons vertigineux.
0:56. Fumer cigarette sur cigarette et tremper ses lèvres dans un wildberry martini. Les acteurs vont-ils arriver?...

1:22. Une présentatrice tv, toute blonde platine, quitte le bar. Le cameraman et son assistante qui attendaient de pied ferme depuis une heure s'en vont. Lassés de se geler à l'entrée du bar.
1:30. Des chauffeurs déposent encore des invités. D'autres partent faire la fête ailleurs. Toujours pas de Gerard ni de Jennifer.

2:23. Ils ne viendront pas. Le lieu était à leur disposition et tous ont attendu, en vain. Mais peut-être que leur dîner s'est éternisé ou que l'envie leur est passée de venir profiter d'une fête madrilène. Libre à eux de planter là tous leurs invités.


Photos : leschroniquesdelouise

lundi 22 mars 2010

Corneille, le métro et Aurélien

Dans le Quartier Latin, les librairies se disputent les trottoirs pour écouler leurs livres bon marché. Les bacs sont pleins à craquer. "Romans. 0,20 centimes". L'illusion Comique me tombe dans les mains. Les textes sont beaux. Il suffit de fermer les yeux pour ré-entendre les acteurs déclamer les vers de Corneille et revivre l'histoire du jeune Clindor et de la princesse Isabelle.
Mais, une oeuvre de Corneille à vingt centimes, est-ce son prix?

"Je te le dis encor, ne sois plus en alarme:
Quand je veux, j'épouvante; et quand je veux, je charme;
Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour
Les hommes de terreur, et les femmes d'amour."

Pour égayer le quotidien parisien, quoi de mieux qu'un peu d'histoire à chaque station de métro? Lorànt Deutsch a fait le pari de raconter Paris en parcourant les lignes du "métropolitain". On apprend que la Lutèce des origines ne se situait pas sur l'Île de la Cité mais à Nanterre. Que la Place d'Italie était tout simplement une étape sur la via romana qui menait à Lyon et à Rome. Que le Louvre -loewer dans la langue franque- n'était qu'un camp fortifié dressé par les Francs qui assiégeaient Paris. Que la station Châtelet tire son nom de petites forteresses de l'époque de Charles le Chauve, appelées petits châteaux ou encore châtelets.

Sortons du métro. C'est le moment de prendre l'air. Et d'ouvrir Aurélien de Louis Aragon. Il suffit de se promener dans les rues de Paris avec Aurélien et Bérénice, les amoureux brisés.
"Merveille de Paris. Ne plus penser. (...) Il y avait les Grands Boulevards et il y avait le Luxembourg, il y avait la gare de l'Est et il y avait Montrouge. Changer de quartier n'était une infidélité à personne: les Invalides ne la gronderaient pas du temps passé aux Buttes Chaumont."

vendredi 12 mars 2010

Scène théâtrale vs scène politique

Un soir de représentation à la Comédie Française est comme un rêve, ou plutôt une parenthèse dans le quotidien. La beauté et la somptuosité du lieu saisissent le spectateur. Les dames n'ont plus leurs beaux atours, les messieurs ne portent plus de beaux habits. Quoique, dans l'assistance soudain, on voit un noeud papillon. Le seul. À la place des belles dames, une classe de lycéens occupe sur trois rangées les fauteuils du premier balcon.
Lever de rideau. Fantasio entre en scène. Fantasio est un cynique, un révolté. Il va pourtant réussir à devenir le bouffon du roi de Bavière et empêcher la princesse Elisabeth d'épouser le ridicule prince de Mantoue, joué par un très drôle Guillaume Gallienne.
C'est une femme qui joue Fantasio, suprenant au premier abord. On s'habitue très vite à sa voix rauque et à son travestissement. Les officiers, prince et roi sont solennels dans leurs beaux habits. Oeuvres de Christian Lacroix. Sublime, la robe de mariée de la princesse Elisabeth la rend radieuse et mélancolique à la fois.

Le Cirque d'hiver, un lieu insolite pour un meeting du PS.
A l'entrée, un homme-pancarte dénonce une injustice: ex-chauffeur de François Hollande et Martine Aubry, il n'a pas été payé pour ses six derniers mois de service...
Entrée côté journalistes. La salle de presse est immense. Mais voilà déjà tous les professionnels de l'information installés dans les gradins du Cirque, caméras, appareils photos et ordinateurs en main. Les jeunesses socialistes font flotter leurs banderoles rouges, roses et blanches.
Bertrand Delanöe, Martine Aubry et Jean-Paul Huchon font leur entrée au son de la musique des Lapins Féroces. Tout un programme.
Dans l'assistance, beaucoup de jeunes, des sourires. Applaudissements et acclamations ponctuent les discours des politiques.
Les journalistes travaillent, impassibles à l'excitation des militants.
Martine Aubry parle depuis presque une heure. Le Cirque a commencé de se vider.
Tous se précipitent à la fin pour embrasser leurs candidats, les flashes brillent et la foule s'éparpille à la sortie.

lundi 1 mars 2010

En route vers le Sud

Dans l'obscurité du petit matin, le train s'ébranle et quitte le remue-ménage parisien.
La campagne est humide et fade. Les arbres ne sont encore que des ombres tristes qui peinent à s'extraire de la brume matinale. De temps à autre, un clocher ou une ferme surgit de la grisaille. C'est encore l'hiver dans le Nord.
Et voilà que le Sud approche. Une lueur d'espoir brille faiblement: la mer, le soleil, l'Espagne. Passé Narbonne, juste avant Port-la-Nouvelle, le train traverse des eaux d'un bleu azur et profond. Il semble transporter ses voyageurs vers des îles inconnues, perdues dans un empire lointain de la Méditerranée.
Deux mouettes s'envolent. Un pêcheur, debout sur sa barque, remonte son filet. Et le train file à vive allure vers son but. "Toujours plus au sud", semble-t-il dire. Vers le soleil, vers le bonheur. Il n'est déjà plus aux milieux des eaux. La mer s'étend à l'Est. Derrière la ligne de l'horizon, se devinent d'autres îles et d'autres contrées, toutes ensoleillées.
Charmant printemps qui s'annonce avec ses amandiers en fleurs, tandis que la neige blanchit encore les sommets pyrénéens.
Dans le lointain, les Albères, dernière barrière (naturelle) avant l'Espagne, derrière lesquelles on devine l'étendue du royaume ibérique et les grandes plaines sèches et jaunes de Castille. À l'Ouest, le Canigou, montagne fière et majestueuse qui veille jalousement sur sa région depuis des siècles. Le train a atteint son but. Le sud du Sud. Le Roussillon.

samedi 13 février 2010

Se souvenir des Camondo

Un petit goût d'orientalisme dans les intérieurs d'une maison bourgeoise du début du vingtième siècle. Un trésor niché à deux pas du parc Monceau.

Nissim de Camondo était fils, petit-fils et arrière petit-fils de mécènes juifs venus de Constantinople et installés à Paris. Il aurait pu reprendre les activités de son père et vivre heureux dans la somptueuse demeure familiale du 8e arrondissement. Le destin en a décidé autrement: aviateur durant la première guerre mondiale, Nissim est mort lors d'une mission.
Son père, Moïse, lègue son hôtel particulier à l'Etat peu avant de mourir, pour qu'il devienne un musée portant le nom de son fils.
Dans chaque pièce où l'on pénètre, il semble qu'un Camondo va nous recevoir ou nous saluer. Tout est en ordre. Les salons sont chaleureux, la bibliothèque et ses beaux livres tendent leurs bras au visiteur, l'ascenseur n'attend plus qu'un passager pour monter. Peut-être que la famille est tout simplement sortie et ne rentrera qu'à l'heure du thé. Les domestiques porteront alors une collation dans le salon bleu, au moment où la nuit tombe et qu'il fait bon être chez soi.


Voir aussi l'exposition "La splendeur des Camondo, de Constantinople à Paris (1806-1945)" au musée d'art et d'histoire du Judaïsme (Paris 3e).

À lire : Le dernier des Camondo, Pierre Assouline

samedi 23 janvier 2010

Des musiciens clandestins à Téhéran

Après les événements de juin et les répressions qui continuent de sévir en Iran, Les chats persans est un film brûlant d'actualité. Il nous plonge dans le quotidien des jeunes iraniens qui survivent dans la République Islamique avec leurs passions et leurs espoirs.

Alors que les jeunes groupes de musique fleurissent en Europe, ils sont considérés comme un crime en Iran et poussent les jeunes talents à l'exil.
Le régime n'apprécie pas la musique et surtout pas le rock, venu d'Occident.
Le réalisateur Bahman Ghobadi a choisi de mettre en scène la jeune Negar et son ami Ashkan qui veulent monter un groupe d'hindie rock et partir donner des concerts en Europe, seule alternative aux interdictions du régime. Il a tourné secrètement dans des salles de concert et des studios clandestins où survivent, malgré tout, de nombreux groupes de musique.
Malgré quelques scènes un peu lentes dûs au style documentaire-fiction, on espère un dénouement heureux pour les deux jeunes musiciens qui cherchent à obtenir de faux papiers, ainsi qu'un batteur et deux guitaristes.
Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils assistent aux répétitions de groupes amis dans des lieux secrets voire incongrus: une grange, une cabane construite sur les toits ou encore les fins fonds d'une cave. Et chaque chanson, dont la plupart en persan, s'illustre d'une séquence d'images sur le quotidien de Téhéran.
Pour un peu de musique "défendue", Negar et Ashkan vivent un drame. La nature des obstacles qu'ils ont à surmonter rappellent ceux de la jeune Marjane Satrapi, héroïne de Persépolis, qui cherchait à échapper à l'emprise religieuse en Iran dans les années 80.
Véritable ode à la liberté, Les chats persans, en plus d'informer sur un pays plongé dans l'obscurantisme, dévoile la réalité d'une culture trop souvent lourde de clichés.
Une chanson de rap persan invoquant Dieu au dessus des toits de Téhéran ou une fête bourgeoise arrosée d'alcool qui finit par une descente de police suffisent à montrer une jeunesse iranienne bien plus proche de nous qu'on ne pourrait l'imaginer.


vendredi 15 janvier 2010

2010 et l'Europe

2010 sera très certainement l'année de l'Europe.
Le Traité de Lisbonne vient (enfin) d'entrer en vigueur et de nouveaux changements viennent bouleverser le paysage européen.
Désormais, on ne parle plus de Communautés Européennes mais bien d'Union Européenne. Cette dernière a enfin acquis la personnalité juridique et de plus en plus de compétences lui sont transférées.
C'est une évolution qui devenait plus que nécessaire. L'UE n'est plus une notion floue mais bien une entité, un tout.
C'est une bonne chose pour les juristes et pour les politiques.
Est-ce une bonne chose pour les citoyens européens?
Car enfin ce qu'ils ne savent pas, c'est que le principe de primauté de la loi européenne sur les lois nationales est désormais consacré. Ce dernier n'est pas inscrit dans un article du Traité mais dans l'annexe n°17 (article 1-6), ce qui n'est en fait qu'un choix politique, un leurre. Car en réalité, l'annexe a les mêmes applications et conséquences juridiques que les articles du Traité; la norme européenne prime donc désormais sur toute loi nationale.
Une autre innovation majeure du Traité de Lisbonne réside dans la création de deux nouvelles fonctions: un président permanent du Conseil européen (réunion des chefs d'Etat et de gouvernement) et un haut représentant pour les relations extérieures. Lisbonne implique donc une réunification de la fonction internationale.
La nomination d'un président du Conseil, le belge Herman Van Rompuy, n'a, pour l'instant, pas aboli la présidence tournante des Etats. L'Espagne vient ainsi d'entamer ses six mois de présidence et Zapatero va devoir coordonner son action à celle de Van Rompuy.
Une Europe à deux têtes pour 2010.

vendredi 18 décembre 2009

Neige et confidences d'un joueur

Depuis la fenêtre et la chaleur de la pièce, je vois tomber la neige sur les arbres du jardin. Doucement, sans bruit, elle se pose, elle s'invite, elle recouvre tout. Elle embellit les arbres et les toits. En les blanchissant, elle leur offre un manteau qui leur donne fière allure. Cette neige qui tombe apaise. C'est le temps de Noël.
Dans la rue, les passants avancent prudemment. La vie continue mais elle est ralentie. Tout Paris retient son souffle.

L'ex-numéro 1 mondial de tennis, André Agassi, est de passage à Paris pour présenter son autobiographie: Open. Il y raconte avoir détesté le tennis, forcé à y jouer dès l'âge de 7 ans par un père qui le terrifiait. Il avoue s'être drogué en 1997 et parle de l'échec de son mariage avec Brooke Shields.

Au forum de rencontres de la Fnac, une longue file d'attente stationne devant le stand où tout à l'heure il viendra s'asseoir. Une contestation s'élève soudain: "Vous trouvez ça normal qu'il ait des droits d'auteur après tout ce qu'il a gagné comme joueur?..."

Lui était-il nécessaire d'écrire ce livre pour soulager sa conscience? En tout cas, André Agassi a voulu faire preuve de courage.

lundi 30 novembre 2009

Le livre en fête

Dimanche, le Palais de la Bourse à Paris accueillait le 25e salon du livre du Figaro Magazine. En fin d'après-midi, les grandes fenêtres du palais étaient toutes illuminées.
200 écrivains s'étaient donnés rendez-vous et leurs fidèles lecteurs n'auraient manqué pour rien au monde ce grand moment: la rencontre avec leurs auteurs préférés et la dédicace de leurs derniers livres.

Immédiatement en rentrant, on ne pouvait que remarquer Jean d'Ormesson, l'homme de lettres et académicien aux yeux bleus et aux cheveux blancs comme neige. Sagement assis derrière sa table, il signait et signait, tout souriant. Je lui ai tendu mon exemplaire de "Et toi mon coeur pourquoi bats-tu", livre où il a recueilli tous les extraits de littérature et de poésie qu'il chérit.

De l'autre côté des tables, la foule se pressait devant Frédéric Beigbeder. Mais étaient aussi assaillis Edouard Balladur, Jean-Louis Debré et Valery Giscard d'Estaing; les hommes politiques devenus écrivains.

Plus loin, Stéphane Bern, droit comme un i et tout sourire. La chaise vide de Patrick de Carolis.
Nicole Lambert et ses albums des Triplés. En face d'elle, trois Jean: Sévillia, le journaliste, Raspail, le romancier, Tulard, l'historien.

Philippe Tesson et son fils Sylvain déambulaient entre les tables. Le père, chroniqueur au Figaro Magazine et à Valeurs Actuelles, regardait le fils avec fierté. Sylvain Tesson a parcouru le monde entier à pied, à vélo, à cheval et écrit les récits de toutes ses aventures.

Caroline Pigozzi, journaliste à Paris Match, présentait son dernier livre "Les robes rouges", consacré aux Princes de l'Eglise: vingt cardinaux y sont présentés et interviewés.

Au fond dans les dernières tables, Michel Déon, tout penché sur sa table, s'appliquait à dédicacer son dernier livre. Un grand écrivain français qui, au crépuscule de sa vie, laisse derrière lui une oeuvre admirable. En le voyant ainsi, je n'ai pu m'empêcher de me remémorer "Un déjeuner de soleil", l'histoire d'un écrivain dont la vie trépidante est inventée de toutes pièces, ainsi que la liste innombrable de ses romans. Un chef d'oeuvre à lire absolument.


Photos: leschroniquesdelouise

vendredi 6 novembre 2009

La vie stambouliote

Vivre à Istanbul, c'est vivre hors du temps.

Façonnée par tant de civilisations et de splendeurs, Istanbul vibre au son des appels à la prière, est rythmée par le passage incessant des bateaux sur le Bosphore et la Corne d'Or, garde le regard tourné vers l'Orient, s'intéresse à l'Europe.

Istanbul sent le thé, le vent, le jasmin, le poisson, la friture, la poussière, la mer.
Les Stambouliotes vivent sous le regard du palais de TopkapI qui, du haut de la ville, semble encore voir les sultans déambuler dans ses jardins.
La Tour de Galata, quant à elle, veille sur l'Istanbul moderne, ses artères commerçantes et ses rues animées le soir lorsque la jeunesse turque fait la fête.
A la nuit tombée, le pont du Bosphore s'illumine, il devient bleu et guide les bateaux qui remontent vers la mer noire.

Il pleut sur Istanbul.

Les mosquées sont grises dans le décor brumeux de la ville. Une foule mouillée entre dans le marché aux épices afin de se réapprovisionner en thé; les pigeons envahissent les marches de la Mosquée Neuve.
Les marchés ne désemplissent pas dans le quartier traditionnel de Fatih, les femmes voilées de noir de la tête aux pieds s'empressent de rentrer chez elles. D'autres vont chercher leurs enfants à l'école, sans oublier de leur acheter un pain "simit" au marchand de rue.

Sur le bateau qui la ramène vers Kadiköy sur la rive asiatique, une jeune lycéenne révise ses cours. Un serveur passe en proposant thés et cafés.
L'appel à la prière résonne dans la fin d'après-midi, quelques hommes d'affaires se déchaussent avec hâte à l'entrée d'une mosquée, les pieds mouillés, et rentrent prier.

Les mouettes volent autour des minarets tandis que la nuit tombe sur Istanbul, une sorte de magie mystérieuse envahit la ville. L'autre visage d'Istanbul. Une nouvelle vie commence lorsque la pénombre a recouvert la cité du Bosphore.


Les jeunes stambouliotes chantent et dansent sur les tubes turcs dans les bars près d'Istikhâl Caddesi, pendant que les pêcheurs s'activent à quatre heures du matin sur le pont de Galata, que les nombreux taxis arpentent les artères de la ville, que les ouvriers réparent les voies du tramway. Istanbul reste en activité. Elle attend une nouvelle journée qui sera illuminée par le soleil.

Ville déchirée entre l'Orient et l'Occident, Istanbul est pétrie de beauté, de liberté, d'authenticité.
Istanbul est une ville où l'on flâne sans jamais perdre son temps. Chaque rue est un spectacle à voir sans cesse, sans se lasser. On s'y évade, s'y perd parfois.

Istanbul est comme un rêve formulé sur le bout des lèvres qui ne finira jamais.

"Il y a dans le Bosphore quelque chose qui semble avoir besoin de la poésie, de la peinture et de la musique pour s'exprimer", affirme l'écrivain Abdülhak Sinasi Hisar.



Photos: leschroniquesdelouise

dimanche 18 octobre 2009

La Turquie aujourd'hui. Et demain?...

Aujourd'hui se clôture le cycle de conférences données à Paris à l'occasion de la Saison de la Turquie en France (depuis juillet 2009 jusqu'à mars 2010). Tous les soirs, rue des Saints Pères, un intervenant turc développait un sujet touchant à son pays.

La Turquie est plus que jamais d'actualité.
Cette Saison- décidée avant l'élection de Nicolas Sarkozy- a pour but de mieux faire connaître ce pays qui intrigue tant les Français. Il les dérange ou bien il les fascine.
Dans les deux cas, il reste tant à apprendre sur la Turquie, pays à cheval entre l'Orient et l'Occident.
Vendredi soir, Kenan Gursoy, Professeur à l'université Galatasaray d'Istanbul et ambassadeur de la Turquie près le Saint-Siège, a évoqué l'Islam en Turquie. Dans un français parfait, il a plaidé pour une meilleure reconnaissance de son pays en Europe et parlé de la tolérance dans le soufisme.

"Aimer ceux qui nous aiment", titrait l'éditorial du hors-série Le Monde, évoquant ainsi un peuple qui nous connaît si bien et que nous connaissons si peu, qui nous admire et qui nous fait peur malgré tout. Pourquoi ne pas saisir cette occasion de la Saison de la Turquie pour mettre de côté nos préjugés et nos vieux clichés sur cet Etat presque européen, semble-t-on nous dire.
Cependant, une question se pose: en demandant son adhésion à l'UE, le peuple turc n'a-t-il pas oublié son identité et son passé culturel? Pourquoi veut-il se lancer dans la grande aventure européenne à notre suite, aventure qui ne fera que "l'occidentaliser" encore plus en dépit de sa grande culture?

La Turquie a vécu comme une grande souffrance le va-et-vient incessant entre l'Orient et l'Occident dans son histoire. Cette souffrance est bien présente dans la poésie et la littérature turque. Plus tard, l'européanisation fut une déchirure. Et le pays garde toujours un pied en Orient. "L'Europe aujourd'hui a les moyens d'assumer ces différences ainsi qu'un dialogue entre les deux continents", a assuré Kenan Gursoy.

Je vous laisse à ces quelques considérations sur ce pays à la fois fascinant et dérangeant. Elles méritent réflexion parce que demain ce pays fera peut-être un grand pas vers l'Europe. Peut-être en effet a-t-il tout simplement besoin de nous. Ou bien n'avons-nous pas besoin de lui.


La Saison de la Turquie en France

Voir les vidéos des conférences

dimanche 4 octobre 2009

Deux blogueurs chez Colette

Chez Colette pendant la fashion week, il y a de quoi vous faire tourner la tête.
Toutes et tous viennent dans la boutique de la rue Saint Honoré, ils y discutent, ils y admirent les nouvelles tendances; c'est le passage obligé durant cette semaine si spéciale pour tous les professionnels et amateurs de la mode, pour ceux qui sont venus de loin, qui ne connaissent Paris qu'avec ce visage là.

Sarah, la fille de Colette, virevolte entre les visiteurs, elle dit un mot à l'un, sourit à un autre, mais elle n'a pas le temps de s'attarder davantage.
Hier, le magasin était plein à craquer, l'escalier ne désemplissait pas.

À l'étage, la blogueuse et illustratrice Garance Doré signait les tee-shirts qu'elle a réalisés en collaboration avec Gap et qui étaient en vente limitée chez Colette. Il faut croire que tous ses fans étaient présents au rendez-vous, la file d'attente ne finissait jamais.

Aux côtés de Garance, Scott Schuman, le blogueur qui photographie des personnes dans les rues du monde entier, mieux connu sous le nom de The Sartorialist. Sa page web est l'une des plus lues de la planète mode.

Avec ses lunettes rondes et ses chaussures à boucles, il était assis derrière sa table, plaisantant avec les vendeuses, souriant à Garance (ces deux-là forment un couple).

Jusqu'à mercredi, les défilés vont continuer de se succéder tout au long de ces interminables journées parisiennes. Certainement les plus ennivrantes de l'année.


Photos: leschroniquesdelouise