La campagne est humide et fade. Les arbres ne sont encore que des ombres tristes qui peinent à s'extraire de la brume matinale. De temps à autre, un clocher ou une ferme surgit de la grisaille. C'est encore l'hiver dans le Nord.
Et voilà que le Sud approche. Une lueur d'espoir brille faiblement: la mer, le soleil, l'Espagne. Passé Narbonne, juste avant Port-la-Nouvelle, le train traverse des eaux d'un bleu azur et profond. Il semble transporter ses voyageurs vers des îles inconnues, perdues dans un empire lointain de la Méditerranée.
Deux mouettes s'envolent. Un pêcheur, debout sur sa barque, remonte son filet. Et le train file à vive allure vers son but. "Toujours plus au sud", semble-t-il dire. Vers le soleil, vers le bonheur. Il n'est déjà plus aux milieux des eaux. La mer s'étend à l'Est. Derrière la ligne de l'horizon, se devinent d'autres îles et d'autres contrées, toutes ensoleillées.
Charmant printemps qui s'annonce avec ses amandiers en fleurs, tandis que la neige blanchit encore les sommets pyrénéens.
Dans le lointain, les Albères, dernière barrière (naturelle) avant l'Espagne, derrière lesquelles on devine l'étendue du royaume ibérique et les grandes plaines sèches et jaunes de Castille. À l'Ouest, le Canigou, montagne fière et majestueuse qui veille jalousement sur sa région depuis des siècles. Le train a atteint son but. Le sud du Sud. Le Roussillon.

Istanbul sent le thé, le vent, le jasmin, le poisson, la friture, la poussière, la mer.
Sur le bateau qui la ramène vers Kadiköy sur la rive asiatique, une jeune lycéenne révise ses cours. Un serveur passe en proposant thés et cafés.