Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles

mercredi 13 octobre 2010

Chopin s'invite à Dublin sous les couleurs du Brésil

6 pm, Kildare Street.
Une pluie fine tombe sur Dublin lorsque les invités gravissent les marches du Royal College of Physicians d'Irlande. Ils se sont pressés de répondre à l'invitation de l'ambassade du Brésil pour un récital de Chopin avec le célèbre pianiste brésilien Arthur Moreira Lima.

Tout le gratin diplomatique et dublinois, en grande tenue, traverse les couloirs du majestueux College et rejoint la salle du concert où un piano à queue trône devant les chaises rouges. Deux messieurs parlent en portugais, deux autres en anglais. Une dame en robe longue s'assoit dans les premiers rangs marqués "réservés".
Bientôt l'hôte de marque fait son entrée, en queue de pie, applaudi par le public avide de musique. L'ambassadeur du Brésil se lève et, devant le drapeau de son pays, présente en quelques mots l'illustre musicien qui, après des études à Moscou et Paris, s'est produit dans le monde entier.

Un immense silence envahit soudain la salle et le pianiste commence à jouer. Il interprète ce soir essentiellement du Chopin. Polonaise, Sonate, Marche Funèbre, il est transporté par sa musique et transporte son auditoire avec lui. Pianiste depuis l'âge de six ans, la musique n'a plus de secret pour lui et il la fait vivre en même temps que ses doigts courent sur le clavier.
Voici qu'il enchaîne des Valses et termine la première partie de cette soirée par la Valse op 64 n°2. Un véritable enchantement.
A l'entracte, quelques retardataires s'empressent de trouver des chaises restées vides, tandis que d'autres courent se rafraîchir au buffet.

Arthur Moreira Lima sourit lorsqu'il entre à nouveau dans la salle et entame la deuxième partie de son récital. Chopin est toujours au programme. Ballade, Mazurchas et Scherzo. Mais le pianiste a choisi de jouer une valse d'Ernest Nazareth puis la "Festa no Sertão" d'Heitor Villa-Lobos pour terminer la soirée. Avec ces deux derniers morceaux, il lance une invitation au public à voyager dans son Brésil natal. Chaque invité semble fasciné, ému. Et ne cesse d'applaudir le musicien qui achève son récital.

En quittant la salle, chacun salue des connaissances, les mondanités vont bon train devant les buffets. Afin de se remettre de ses émotions musicales, rien de mieux qu'un verre de vin rouge que l'on savoure avec délice au pays de la bière.

dimanche 6 juin 2010

Vibrer avec Mozart

Tandis qu'une chaleur étouffante règne sur Paris, la fin d'après-midi s'étire lentement sous la menace d'un orage. Derrière la place de Catalogne, l'église de Notre-Dame du Travail s'emplit peu à peu d'une foule nombreuse, venue pour écouter un concert : le Requiem de Mozart.

L'architecture n'est pas belle. Les voûtes sont soutenues par des piliers de fer et d'acier, tels ceux qu'ont trouve dans une gare ou une usine. Drôle de cohabitation avec le sacré du lieu.
Pourtant ce soir, dès que la musique s'élève, la beauté des notes de Mozart fait vite oublier le manque d'harmonie dans l'église.

Les choristes sont en noir. Les musiciens en blanc. Chacun retient son souffle quand les violons se mettent à jouer, puis les violoncelles. Le choeur alors commence à chanter, les ténors et les basses d'abord, les sopranes et les alti ensuite. La musique s'envole, puissante, et remue jusqu'au plus profond de son être celui qui, à ce moment précis, écoute le Requiem.
Les quatre solistes s'avancent à présent et, tour à tour, chantent leurs morceaux tandis que le choeur reprend en puissance.

Pendant plus d'une heure, cette dernière oeuvre de Mozart -qu'il ne put achever avant sa mort et fut complétée par la suite- ravit, bouleverse, fait vibrer l'auditoire tout entier.
Voilà que les archets des violons s'agitent, les mains courent à toute vitesse sur les cordes des violoncelles.
La prière pour les morts se termine. Et le public se lève et n'en finit pas d'applaudir le choeur et l'orchestre.

dimanche 19 juillet 2009

La voix du poète Peirol

À peine ai-je franchi la porte du musée de Cluny, au coeur de Paris, que le Moyen-Âge me rattrape. Les statues, sculptures et coffrets qui ornent les pièces sont d'une minutie et d'une beauté qui démentent l'appellation de "période noire" qu'on lui donne trop souvent.

Mais ce soir je ne suis pas venue pour les admirer sinon pour écouter de la musique d'époque. Instruments du Moyen-Âge et voix de ténor vont charmer un public des plus divers assis dans la salle des sculptures de Notre-Dame de Paris.


Trois hommes montent sur scène. L'un saisit une vièle, l'autre un tombak, tandis que le troisième, placé au centre, ferme les yeux. Il ne les rouvre que pour faire entendre sa voix. Elle s'élève claire, forte, limpide. Je suis soudain hors du temps, ou plutôt dans un autre temps. Je suis transportée.

Il chante les poèmes de Peirol d'Auvèrnha, poète troubadour du XIIe siècle, qui parcourut le sud de la France, l'Italie, la Syrie et Jérusalem pour charmer de ses chansons. Il naît en 1160. En 1163 la première pierre de Notre-Dame est posée. Une époque littéraire et artistique. Qui a parlé de "période noire"?

La voix continue de s'élever entre les murs de cette magnifique salle où l'acoustique transporte réellement le spectateur. On peut facilement imaginer le roi attablé à son banquet, accompagné de la reine et de sa cour. Ils écoutent Peirol le poète. Peirol chante pour sa Dame, Sail-de-Claustra, mais celle-ci refuse son amour.

"Ben dei chantar puois Amors m'o enseigna"...
"C'est l'amour qui guide mon chant"...

Le temps est suspendu. Il semble que la musique ne s'arrêtera jamais.
Et moi je regarde encore cet homme dont la voix nous fait tous voyager.


Photos: leschroniquesdelouise