mercredi 13 octobre 2010

Chopin s'invite à Dublin sous les couleurs du Brésil

6 pm, Kildare Street.
Une pluie fine tombe sur Dublin lorsque les invités gravissent les marches du Royal College of Physicians d'Irlande. Ils se sont pressés de répondre à l'invitation de l'ambassade du Brésil pour un récital de Chopin avec le célèbre pianiste brésilien Arthur Moreira Lima.

Tout le gratin diplomatique et dublinois, en grande tenue, traverse les couloirs du majestueux College et rejoint la salle du concert où un piano à queue trône devant les chaises rouges. Deux messieurs parlent en portugais, deux autres en anglais. Une dame en robe longue s'assoit dans les premiers rangs marqués "réservés".
Bientôt l'hôte de marque fait son entrée, en queue de pie, applaudi par le public avide de musique. L'ambassadeur du Brésil se lève et, devant le drapeau de son pays, présente en quelques mots l'illustre musicien qui, après des études à Moscou et Paris, s'est produit dans le monde entier.

Un immense silence envahit soudain la salle et le pianiste commence à jouer. Il interprète ce soir essentiellement du Chopin. Polonaise, Sonate, Marche Funèbre, il est transporté par sa musique et transporte son auditoire avec lui. Pianiste depuis l'âge de six ans, la musique n'a plus de secret pour lui et il la fait vivre en même temps que ses doigts courent sur le clavier.
Voici qu'il enchaîne des Valses et termine la première partie de cette soirée par la Valse op 64 n°2. Un véritable enchantement.
A l'entracte, quelques retardataires s'empressent de trouver des chaises restées vides, tandis que d'autres courent se rafraîchir au buffet.

Arthur Moreira Lima sourit lorsqu'il entre à nouveau dans la salle et entame la deuxième partie de son récital. Chopin est toujours au programme. Ballade, Mazurchas et Scherzo. Mais le pianiste a choisi de jouer une valse d'Ernest Nazareth puis la "Festa no Sertão" d'Heitor Villa-Lobos pour terminer la soirée. Avec ces deux derniers morceaux, il lance une invitation au public à voyager dans son Brésil natal. Chaque invité semble fasciné, ému. Et ne cesse d'applaudir le musicien qui achève son récital.

En quittant la salle, chacun salue des connaissances, les mondanités vont bon train devant les buffets. Afin de se remettre de ses émotions musicales, rien de mieux qu'un verre de vin rouge que l'on savoure avec délice au pays de la bière.

vendredi 3 septembre 2010

Le festival de l'image

A Perpignan, le rendez-vous annuel des photojournalistes du monde entier est, une fois de plus, un succès. La ville catalane voit ses terrasses et ses places assaillies par les professionnels de l'image, appareils photo à la main, badges du festival autour du cou. Ils déambulent dans les rues de la ville, d'expositions en conférences, jamais pressés, plutôt décontractés.
Le matin, ils prennent la direction du Palais des Congrès pour des rencontres et débats.
Le soir, ils se pressent au Campo Santo, cloître accolé à la cathédrale, où un écran géant et des gradins accueillent des spectateurs avides d'images. Ces soirées quotidiennes retracent l'actualité de l'année écoulée et développent divers sujets en lien avec l'état du monde. Sous le ciel étoilé et dans le décor silencieux des pierres millénaires du vieux Perpignan, la défense du photojournalisme bat son plein.

L'intérieur de l'église des dominicains où sont exposées les photographies de Michael Nichols sur les séquoias en Californie

Depuis vingt-deux ans, Visa pour l'image envahit, durant deux semaines, les hauts lieux historiques de la ville où de nombreuses photographies sont exposées. Elles présentent des sujets brûlants d'actualité et sensibilisent les opinions.
Les violences contre les femmes indiennes, la guerre de Gaza, les arbres en Californie, les pèlerinages dans les différentes religions du monde, la polygamie aux Etats-Unis, la Jérusalem chrétienne, le séisme d'Haïti montrent bien la grande diversité des expositions de Visa pour l'Image.

Vendredi 3, 19h15. Le Figaro Magazine convie les professionnels du festival à un cocktail dinatoire au Clos St Jean. L'entrée est fermement gardée par de jeunes hôtesses, le carton d'invitation est le sésame précieux de ce lieu privilégié. Dans la cour du restaurant, les buffets regorgent de spécialités aux couleurs du sud. Tout autour, on parle anglais, espagnol, japonais.

Carton d'invitation du Figaro Magazine

19h35. "Oui, c'est vrai qu'il y a beaucoup de photojournalistes", s'exclame une élégante photographe, tandis que son interlocuteur s'épanche sur les difficultés du métier. Une journaliste de Reporters sans Frontières cherche des yeux un visage connu dans la foule. Derrière elle, une femme allume une cigarette en tapotant sur son blackberry. Dans un coin, une tête dépasse toutes les autres: Jean-François Leroy, fondateur et directeur du festival, est très entouré.

20h10. Les invités continuent d'affluer dans la cour contigüe aux murs de la cathédrale.



Samedi 4, 11h, Palais des Congrès. Martina Bacigalupo est l'heureuse lauréate du Prix Canon de la Femme Photojournaliste. Décerné par l'Association des Femmes Journalistes (AFJ) et soutenu par Le Figaro Magazine, ce prix permet de soutenir un projet photos pendant un an et met ainsi en lumière le travail des femmes reporters. Celles-ci préfèrent bien souvent les sujets les plus difficiles et il n'est pas rare de les retrouver pendant des guerres ou dans des contextes de violence.

Canon, principal partenaire du festival, a installé ses quartiers au rez-de-chaussée du Palais des Congrès. Un espace où seul les "badgés" peuvent entrer. Les photojournalistes vont se lover dans les gros fauteuils blancs entre deux conférences, profitent de l'air conditionné, admirent les appareils photo en vitrine ou peuvent aller se faire photographier dans le petit studio aménagé pour l'occasion.

Dimanche, les professionnels de l'image rentreront à Paris, à Londres, à Barcelone, à Tokyo. Et Perpignan retombera dans sa tranquilité méditerranéenne en attendant la prochaine édition de Visa pour l'image.


Photos: leschroniquesdelouise

mercredi 21 juillet 2010

Harem et miniaturistes impériaux

Après mes chroniques de conseils de lectures sur le XVIe siècle français et sur Paris, voici deux suggestions de romans historiques sur la Turquie.
Avec Mon nom est Rouge, Orhan Pamuk, écrivain turc et prix Nobel de littérature 2006, plonge ses lecteurs dans l'univers fascinant de l'Empire ottoman de la fin du XVIe siècle. Il les amène dans les ateliers des miniaturistes du Sultan, dans les maisons turques, dans les cafés où les conteurs s'aident d'ombres chinoises pour relater leurs histoires, le tout sur fond de trame policière et d'intrigue amoureuse.

Détail de la couverture du roman

À chaque chapitre, un personnage prend la parole: être vivant ou mort- Le Noir, Esther, Shékuré, le Cadavre-, ou objet inanimé- l'Arbre, le Chien, la Mort, l'Argent, le Diable. Seul l'Assassin a double voix, puisqu'on ignore qui il est.
Le lecteur est tenu en haleine jusqu'au bout.

La nuit du Sérail de Michel de Grèce reconstitue la vie du Harem dans le palais de Topkapi à Constantinople, à travers le destin exceptionnel de Nakshidil, favorite du Sultan.
Née aristocrate française et âgée de 15 ans, Aimée Dubuc de Rivery est capturée lors d'un naufrage par des pirates barbaresques et vendue au Dey d'Alger qui l'offre en cadeau au Sultan Abdul Hamid. Elle arrive alors dans le Harem de Topkapi pour n'en sortir jamais et Aimée devient Nakshidil.

Détail de la couverture du roman

Face aux enjeux politiques de l'époque avec Bonaparte, la guerre de Russie et les réformes de l'Empire ottoman, Nakshidil parvient peu à peu à gagner les faveurs de son souverain, ne pouvant se résigner à rester oisive et à se gaver de sucreries à longueur de journée, passe-temps favori du Harem.
On découvre comment les femmes vivaient dans ce "palais dans un palais", avec leurs hamams, leurs secrets de beauté, leurs coutumes. Celles qui se faisaient remarquer du Sultan pouvaient mener une vie heureuse et contribuer même à la vie publique du pays, tandis que les oubliées vivaient recluses, ou en véritables esclaves.

dimanche 6 juin 2010

Vibrer avec Mozart

Tandis qu'une chaleur étouffante règne sur Paris, la fin d'après-midi s'étire lentement sous la menace d'un orage. Derrière la place de Catalogne, l'église de Notre-Dame du Travail s'emplit peu à peu d'une foule nombreuse, venue pour écouter un concert : le Requiem de Mozart.

L'architecture n'est pas belle. Les voûtes sont soutenues par des piliers de fer et d'acier, tels ceux qu'ont trouve dans une gare ou une usine. Drôle de cohabitation avec le sacré du lieu.
Pourtant ce soir, dès que la musique s'élève, la beauté des notes de Mozart fait vite oublier le manque d'harmonie dans l'église.

Les choristes sont en noir. Les musiciens en blanc. Chacun retient son souffle quand les violons se mettent à jouer, puis les violoncelles. Le choeur alors commence à chanter, les ténors et les basses d'abord, les sopranes et les alti ensuite. La musique s'envole, puissante, et remue jusqu'au plus profond de son être celui qui, à ce moment précis, écoute le Requiem.
Les quatre solistes s'avancent à présent et, tour à tour, chantent leurs morceaux tandis que le choeur reprend en puissance.

Pendant plus d'une heure, cette dernière oeuvre de Mozart -qu'il ne put achever avant sa mort et fut complétée par la suite- ravit, bouleverse, fait vibrer l'auditoire tout entier.
Voilà que les archets des violons s'agitent, les mains courent à toute vitesse sur les cordes des violoncelles.
La prière pour les morts se termine. Et le public se lève et n'en finit pas d'applaudir le choeur et l'orchestre.

mardi 1 juin 2010

Revoir Rebecca

J'ai revu récemment le film Rebecca, adpaté par Alfred Hitchcock du célèbre roman de Daphné du Maurier. Un magnifique long-métrage où le réalisateur a réussi à restituer l'ambiance propre aux livres de l'auteur.

La nouvelle Madame de Winter, jouée par la charmante Joan Fontaine, est frêle et innocente. Elle ne parvient pas à se sentir chez elle dans sa demeure de Manderley. Tout rappelle l'épouse disparue dans un naufrage quelques années plus tôt et dont Maximilien de Winter semble ne s'être jamais remis.
Ceux qui l'ont connue vantent l'intelligence et la beauté de la défunte Rebecca qui hante encore la maison et les êtres qui l'ont aimée.
Tout au long du film, Max de Winter, incarné par l'élégant Laurence Olivier, parvient à faire douter de la véracité de ses sentiments pour son épouse. Celle-ci, malgré ses maladresses et sa gaucherie, ne va pas tarder à découvrir le terrible secret qui ronge son mari.

C'est un film à voir ou à revoir absolument. Une histoire d'amour en noir et blanc, dont la beauté, le mystère et le dénouement vous laisseront sans voix.

vendredi 7 mai 2010

Souvenirs de Turquie

Les minarets d'Istanbul s'élancent vers le ciel azur, les coupoles des mosquées pointent leur nez au-dessus des toits, les chants des muezzins résonnent dans la cité du Bosphore, le parfum de l'Orient vous ennivre... Le souvenir d'Istanbul ne vous quittera plus.


Au fond de la Corne d'Or, le souvenir de Pierre Loti plane au-dessus du cimetière d'Eyüp. C'est là qu'il vécut son histoire d'amour contée dans "Aziyadé", à relire absolument.

Que reste t-il du romancier français à Eyüp? Un vieux café "Piyerloti" où turcs et touristes savourent les derniers rayons de soleil de la journée.

La cour d'une mosquée à l'heure de la prière ou le rite des ablutions

Atatürk, le visage de la République laïque. Au Palais de Dolmabahçe, dans sa chambre mortuaire, les pendules sont arrêtées à 9h05 précises, l'heure où il s'éteignit.


Bateau-bus sur le bosphore

Le Croissant et l'étoile. Le Croissant et la croix.



Deux thés ou "iki çay"...






Photos: leschroniquesdelouise

Dessins: Sophie Bordeaux

dimanche 2 mai 2010

La vie stambouliote II

Une journée stambouliote commence.
La nuit a été longue pour certains; la vie nocturne à Istanbul est intense (voir ma chronique La vie stambouliote).
Les pêcheurs qui ont passé la nuit sur le pont de Galata plient bagages et vont se coucher, tandis que les premiers bateaux arrivant de la rive asiatique déposent les travailleurs matinaux. Les vendeurs de pain simit crient leurs prix, font le bonheur des gens pressés qui engloutissent leur petit-déjeuner sur le chemin du travail.

Dans la matinée à la Ziraat Bank au-dessus de Çemberlitaş, la file d'attente est impressionante. Des hommes d'affaires traversent la rue et partent pour un rendez-vous.
Dans le quartier des libraires, les étudiants viennent acheter livres et cahiers à prix réduits avant d'aller déguster quelques pains au fromage sur la place de Beyazit devant l'université.
C'est l'heure de la récréation dans la cour d'une école et les enfants jouent devant une statue d'Atatürk ornée du drapeau national.

Le parc de Gülhane offre un spectacle ravissant avec ses tulipes colorées. Quelques femmes voilées bavardent sur l'herbe au soleil.


À l'heure du déjeuner, quelques ruelles en dessous de la mosquée bleue, une famille de gitans est sur le départ pour un mariage. Le marié ne parvient pas à mettre sa cravate, et il partira sans y avoir réussi... La mariée passe en voiture, invisible, derrière des vitres teintées.

À Istanbul, on n'oublie jamais un visage. Maşala salue celui qui, la veille, a poussé la porte de sa pâtisserie.
En fin de journée, à la Teknik Üniversitesi, les étudiants en architecture traversent les immenses couloirs du beau bâtiment et se dirigent vers la sortie, tandis que certains s'éternisent à la cafétéria où la musique est à plein volume.

C'est bientôt l'heure de pointe à la gare maritime d'Eminonü. Les embouteillages de voitures et la foule devant les débarcadères font une drôle de cacophonie.

En début de soirée, à l'ombre de la mosquée de Atik Ali Pasa, une cour intérieure abrite des fumeurs de narghilé. Les murs sont recouverts de tapis, les canapés forment des carrés conviviaux. Les fumeurs, des hommes en grande majorité, suivent un match de foot à la TV, et se détendent en buvant leur thé. Un jeune homme travaille sur son ordinateur mac book au milieu de grands nuages de fumée.

C'est l'heure d'aller danser dans l'Istanbul moderne, là où les petits bars ont étalé leurs tables dans les rues. Les jeunes qui s'y pressent chaque soir contrastent avec la population traditionnelle de certains quartiers de la ville. Une Turquie à deux vitesses. Si vous avez la chance d'avoir la sympathie du gérant du bar, il vous salue comme un vieil ami, vous installe à la meilleure table et vient bavarder avec vous. La nuit stambouliote ne fait que commencer.

Pour conclure cette chronique, voici quelques photos d'un moment historique que j'ai eu la chance de vivre à Istanbul : le gouvernement turc a autorisé, pour la première fois depuis 33 ans, une grande manifestation sur la place de Taksim à l'occasion du 1er mai. Malgré une forte présence policière un peu oppressante, ils étaient plus de 200 000 à être venus de toute la Turquie pour célébrer ce grand jour.




Istanbul, capitale européenne de la culture pour 2010

Photos: leschroniquesdelouise

mardi 20 avril 2010

La vie aérienne

Contrariée par le volcan islandais, me voilà restée à Paris dans l'attente d'un vol pour Istanbul. C'est fou comme un voyage se prépare, se fait désirer, se dessine... Et puis, tout d'un coup, tout disparaît. La frénésie du départ, les préparatifs, les projets, les envies. Un évènement extérieur décide pour vous et vous ne pouvez rien faire ou dire. Sur ce sujet, je recommande le très bel article de Jean d'Ormesson paru hier dans Le Figaro. "Le nuage volcanique qui traverse l'Europe et perturbe le trafic aérien ramène les hommes à leur modeste condition", écrit l'académicien. La plume d'un sage sur l'Homme et la Nature.

Depuis quatre jours déjà le ciel parisien est d'un bleu profond, il scintille sous le soleil, mais il reste imperturbablement silencieux.
Pas un bruit d'avion qui retentisse. Pas une seule trace blanche qui macule le ciel. Scruter l'infini azur ne procure qu'angoisse et tristesse. Mais où est passée la vie, la vie aérienne?... Où sont les points blancs qui ont tant de fois traversé mon champ de vision en se dirigeant vers des terres lointaines?

Hier après-midi, face au Luxembourg, une foule se massait devant le bureau d'Air France. En attente de billets ou avec l'espoir d'une information.

Ce matin, on apprend que les ministres européens ont décidé de la réouverture partielle des aéroports. Au moindre bruit similaire à celui d'un avion, on sursaute et on scrute le ciel. Le trafic aérien reprend peu à peu. Mais pour combien de temps?
L'arrivée d'un nouveau nuage de cendres pourrait, encore une fois, compromettre la vie aérienne.

mercredi 31 mars 2010

Soirée madrilène pour deux acteurs

Il est minuit à la Puerta de Alcala et la nuit madrilène ne fait que commencer.
0:06. Une hôtesse accueille les invités à l'entrée du bar "Ramsés". Son look colle à la perfection avec le nom du lieu, bar hype et branché, couru tous les soirs de la semaine, réputé pour ses cocktails, idéal pour tout type d'évènements. Elle ressemble à Isis avec ses grands yeux charbonneux, ses cheveux d'un noir de jais tirés en arrière et sa longue silhouette de femme fatale.
0:30. Une soirée privée attend les acteurs Gerard Butler et Jennifer Aniston, venus présenter leur dernier film dans la capitale espagnole. Les voitures se garent devant les larges trottoirs face au parc du Retiro. La salle supérieure du bar se remplit peu à peu.

0:45. Deux filles russes font la connaissance de deux garçons sud-américains. Photos à l'appui ou comment se retrouver sur facebook. Les hommes sont gominés. Les filles perchées sur des talons vertigineux.
0:56. Fumer cigarette sur cigarette et tremper ses lèvres dans un wildberry martini. Les acteurs vont-ils arriver?...

1:22. Une présentatrice tv, toute blonde platine, quitte le bar. Le cameraman et son assistante qui attendaient de pied ferme depuis une heure s'en vont. Lassés de se geler à l'entrée du bar.
1:30. Des chauffeurs déposent encore des invités. D'autres partent faire la fête ailleurs. Toujours pas de Gerard ni de Jennifer.

2:23. Ils ne viendront pas. Le lieu était à leur disposition et tous ont attendu, en vain. Mais peut-être que leur dîner s'est éternisé ou que l'envie leur est passée de venir profiter d'une fête madrilène. Libre à eux de planter là tous leurs invités.


Photos : leschroniquesdelouise

lundi 22 mars 2010

Corneille, le métro et Aurélien

Dans le Quartier Latin, les librairies se disputent les trottoirs pour écouler leurs livres bon marché. Les bacs sont pleins à craquer. "Romans. 0,20 centimes". L'illusion Comique me tombe dans les mains. Les textes sont beaux. Il suffit de fermer les yeux pour ré-entendre les acteurs déclamer les vers de Corneille et revivre l'histoire du jeune Clindor et de la princesse Isabelle.
Mais, une oeuvre de Corneille à vingt centimes, est-ce son prix?

"Je te le dis encor, ne sois plus en alarme:
Quand je veux, j'épouvante; et quand je veux, je charme;
Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour
Les hommes de terreur, et les femmes d'amour."

Pour égayer le quotidien parisien, quoi de mieux qu'un peu d'histoire à chaque station de métro? Lorànt Deutsch a fait le pari de raconter Paris en parcourant les lignes du "métropolitain". On apprend que la Lutèce des origines ne se situait pas sur l'Île de la Cité mais à Nanterre. Que la Place d'Italie était tout simplement une étape sur la via romana qui menait à Lyon et à Rome. Que le Louvre -loewer dans la langue franque- n'était qu'un camp fortifié dressé par les Francs qui assiégeaient Paris. Que la station Châtelet tire son nom de petites forteresses de l'époque de Charles le Chauve, appelées petits châteaux ou encore châtelets.

Sortons du métro. C'est le moment de prendre l'air. Et d'ouvrir Aurélien de Louis Aragon. Il suffit de se promener dans les rues de Paris avec Aurélien et Bérénice, les amoureux brisés.
"Merveille de Paris. Ne plus penser. (...) Il y avait les Grands Boulevards et il y avait le Luxembourg, il y avait la gare de l'Est et il y avait Montrouge. Changer de quartier n'était une infidélité à personne: les Invalides ne la gronderaient pas du temps passé aux Buttes Chaumont."

vendredi 12 mars 2010

Scène théâtrale vs scène politique

Un soir de représentation à la Comédie Française est comme un rêve, ou plutôt une parenthèse dans le quotidien. La beauté et la somptuosité du lieu saisissent le spectateur. Les dames n'ont plus leurs beaux atours, les messieurs ne portent plus de beaux habits. Quoique, dans l'assistance soudain, on voit un noeud papillon. Le seul. À la place des belles dames, une classe de lycéens occupe sur trois rangées les fauteuils du premier balcon.
Lever de rideau. Fantasio entre en scène. Fantasio est un cynique, un révolté. Il va pourtant réussir à devenir le bouffon du roi de Bavière et empêcher la princesse Elisabeth d'épouser le ridicule prince de Mantoue, joué par un très drôle Guillaume Gallienne.
C'est une femme qui joue Fantasio, suprenant au premier abord. On s'habitue très vite à sa voix rauque et à son travestissement. Les officiers, prince et roi sont solennels dans leurs beaux habits. Oeuvres de Christian Lacroix. Sublime, la robe de mariée de la princesse Elisabeth la rend radieuse et mélancolique à la fois.

Le Cirque d'hiver, un lieu insolite pour un meeting du PS.
A l'entrée, un homme-pancarte dénonce une injustice: ex-chauffeur de François Hollande et Martine Aubry, il n'a pas été payé pour ses six derniers mois de service...
Entrée côté journalistes. La salle de presse est immense. Mais voilà déjà tous les professionnels de l'information installés dans les gradins du Cirque, caméras, appareils photos et ordinateurs en main. Les jeunesses socialistes font flotter leurs banderoles rouges, roses et blanches.
Bertrand Delanöe, Martine Aubry et Jean-Paul Huchon font leur entrée au son de la musique des Lapins Féroces. Tout un programme.
Dans l'assistance, beaucoup de jeunes, des sourires. Applaudissements et acclamations ponctuent les discours des politiques.
Les journalistes travaillent, impassibles à l'excitation des militants.
Martine Aubry parle depuis presque une heure. Le Cirque a commencé de se vider.
Tous se précipitent à la fin pour embrasser leurs candidats, les flashes brillent et la foule s'éparpille à la sortie.

lundi 1 mars 2010

En route vers le Sud

Dans l'obscurité du petit matin, le train s'ébranle et quitte le remue-ménage parisien.
La campagne est humide et fade. Les arbres ne sont encore que des ombres tristes qui peinent à s'extraire de la brume matinale. De temps à autre, un clocher ou une ferme surgit de la grisaille. C'est encore l'hiver dans le Nord.
Et voilà que le Sud approche. Une lueur d'espoir brille faiblement: la mer, le soleil, l'Espagne. Passé Narbonne, juste avant Port-la-Nouvelle, le train traverse des eaux d'un bleu azur et profond. Il semble transporter ses voyageurs vers des îles inconnues, perdues dans un empire lointain de la Méditerranée.
Deux mouettes s'envolent. Un pêcheur, debout sur sa barque, remonte son filet. Et le train file à vive allure vers son but. "Toujours plus au sud", semble-t-il dire. Vers le soleil, vers le bonheur. Il n'est déjà plus aux milieux des eaux. La mer s'étend à l'Est. Derrière la ligne de l'horizon, se devinent d'autres îles et d'autres contrées, toutes ensoleillées.
Charmant printemps qui s'annonce avec ses amandiers en fleurs, tandis que la neige blanchit encore les sommets pyrénéens.
Dans le lointain, les Albères, dernière barrière (naturelle) avant l'Espagne, derrière lesquelles on devine l'étendue du royaume ibérique et les grandes plaines sèches et jaunes de Castille. À l'Ouest, le Canigou, montagne fière et majestueuse qui veille jalousement sur sa région depuis des siècles. Le train a atteint son but. Le sud du Sud. Le Roussillon.

samedi 13 février 2010

Se souvenir des Camondo

Un petit goût d'orientalisme dans les intérieurs d'une maison bourgeoise du début du vingtième siècle. Un trésor niché à deux pas du parc Monceau.

Nissim de Camondo était fils, petit-fils et arrière petit-fils de mécènes juifs venus de Constantinople et installés à Paris. Il aurait pu reprendre les activités de son père et vivre heureux dans la somptueuse demeure familiale du 8e arrondissement. Le destin en a décidé autrement: aviateur durant la première guerre mondiale, Nissim est mort lors d'une mission.
Son père, Moïse, lègue son hôtel particulier à l'Etat peu avant de mourir, pour qu'il devienne un musée portant le nom de son fils.
Dans chaque pièce où l'on pénètre, il semble qu'un Camondo va nous recevoir ou nous saluer. Tout est en ordre. Les salons sont chaleureux, la bibliothèque et ses beaux livres tendent leurs bras au visiteur, l'ascenseur n'attend plus qu'un passager pour monter. Peut-être que la famille est tout simplement sortie et ne rentrera qu'à l'heure du thé. Les domestiques porteront alors une collation dans le salon bleu, au moment où la nuit tombe et qu'il fait bon être chez soi.


Voir aussi l'exposition "La splendeur des Camondo, de Constantinople à Paris (1806-1945)" au musée d'art et d'histoire du Judaïsme (Paris 3e).

À lire : Le dernier des Camondo, Pierre Assouline